Re: Critique ! [L'Oiseau qui boit des larmes - Lee Young-Do]

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J'ai récemment fini "le cœur des Nagas". Dans l'ensemble j'ai beaucoup apprécié. L'univers est intéressant et semble riche en mystères, les peuples non-humains sont bien traités, les personnages ont une certaine épaisseur. Par contre l'utilisation de certains mots comme "Ok" ou leader cassait à mon avis l'immersion. Un point qui ne m'a pas dérangé mais qui pourrait gêner d'autres lecteurs c'est qu'a la fin de ce tome nous savons très peux sur l'intrigue global.
Et un dernier point, Tinahane m'a beaucoup fait pensé à une version épique et sombre d'obélix (Notamment la scène de lancé d'arbre, sa susceptibilité et sa fureur contre les "rois" et leurs "suites" qu'il considère comme fou.)

Re: Critique ! [L'Oiseau qui boit des larmes - Lee Young-Do]

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Je ne lis pas tant de romans que ça chaque année, mais j’ai quand même la chance de tomber assez rarement sur des livres vraiment mauvais. Des livres qui me parlent moins, ne m’emportent pas ou que je lis au mauvais moment, il y en a un certain nombre, mais des livres que je trouve mauvais, pas tant que ça. Ces dernières années, je pense que je n’en compte que trois : La Bibliothèque de Mount Char, Le Problème à Trois Corps et Chevauche-Brumes.

Avec L’Oiseau qui boit des larmes, je peux maintenant en ajouter un quatrième à cette liste.

On sait que les éditeurs aiment bien coller du « nouveau Tolkien » à toutes les sauces, mais alors le « Tolkien coréen », là, faut m’expliquer. A part que c’est de la fantasy, il n’y a vraiment rien qui peut évoquer l’érudition, le style, l’univers ou encore le sens épique de Tolkien. Souvent, on utilise juste ce blurb pour parler d’un livre-univers où le worlbuilding a beaucoup d’importance, mais même là ce n’est pas applicable à cet univers en carton-pâte sans vie et sans profondeur.

Mais passons ces considérations qui ne sont pas du fait de l’auteur.

Ce qui reste, c’est avant tout un style indigent sans aucune maîtrise. On a l’impression de lire un résumé façon Wikipédia d’une histoire où tout n’est que description d’action, sans même se soucier de construire une scène dans laquelle les personnages peuvent évoluer. Les dialogues frisent souvent le ridicule, entre ceux qui ne servent que d’exposition ou d’explication à des actions qui viennent de se passer et ceux qui manquent terriblement de naturel.

Difficile dans ce cas-là de croire aux personnages, tous plus plats les uns que les autres. Très clairement, les quatre héros sont quatre ardoises blanches avec un prénom et ne servent qu’à être les personnages mascottes de chaque race de l’univers. Ils ne prennent jamais vie, ne gagnent jamais leur propre personnalité et ne restent tout du long définis que par des traits caractéristiques de leur race, comme des vieilles techniques de worldbuilding qu’on a pu voir dans de mauvais romans dérivés de jeu de rôle il y a 30 ou 40 ans.

Et malgré ces techniques, l’univers est complètement inexistant. A aucun moment on a l’impression qu’il existe au-delà des pages et des zones que traversent les héros. Pour cela, il faudrait un minimum de style pour évoquer des paysages, une histoire, des sociétés et des organisations sociales auxquelles on peut croire. Les Nagas sont la principale race qu’on découvre dans ce premier tome et au secours… Si je lis encore une fois le mot « nilher », je pète un câble. J'ai l’impression que l’auteur a voulu mettre le maximum de traits « alien » dans cette espèce d’hommes-serpents : ils voient la chaleur, ils entendent très mal, ne parlent jamais à voix haute et sont télépathes, ils peuvent devenir immortel et leurs membres repoussent, etc. C’est tellement poussé au maximum que l’auteur est obligé d’expliquer pourquoi telle réaction ou tel dialogue est normale pour un Naga, puisque leur société est vraiment différente de tout ce qu’on connaît.
Ce côté complètement artificiel se ressent aussi dans ce qu’on aperçoit des autres races, comme si l’auteur avait sa checklist : il faut un dieu par chaque race, ça sera ça, ça et ça, il faut qu’ils aient un point faible, ça sera ça, ça et ça, etc. Je pensais vraiment qu’on était passé à autre chose en fantasy, avec une vraie crédibilité dans la vie qui peuple un univers.
Il n’y a rien d’impossible à décrire des races très étrangères à nos fonctionnements humains, mais encore faut-il avoir le talent pour les décrire et leur donner une vraie consistance.

Reste donc un roman sans saveur, dont le style m’a très régulièrement fait lever les yeux au ciel (mon dieu, ces dialogues !) et qui est incapable ne serait-ce que de créer un univers dans lequel on a envie d’évoluer.

Le fait que le roman ait pu traverser les frontières et qu’on trouve pertinent de le traduire, ça me dépasse complètement.

(Ah et aussi, rien de catastrophique, mais une relecture supplémentaire n’aurait pas fait de mal. Il y a un certain nombre de coquilles parfaitement évitables et visibles du premier coup d’œil, genre des mots en double.)

Re: Critique ! [L'Oiseau qui boit des larmes - Lee Young-Do]

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Je l'ai fini hier ! Lu en une semaine, en lecture commune et franchement... j'ai adoré. J'ai complètement plongé dans l'univers, j'avais envie de poursuivre encore l'aventure avec eux. Donc vivement octobre que le tome 2 sorte. Et si ça continue à me plaire autant, je vais me remettre plus sérieusement au coréen pour lire la suite à la source. XD

Chaque peuple a ses caractéristiques, toutes intéressantes. Les personnages ont une évolution individuelle et en groupe (puisqu'ils sont "forcés" de se côtoyer pendant un long moment), l'histoire porte ce qu'il faut de mystères, d'aventure, de bagarres, d'humour, de réflexions philosophiques... Bref, de la fantasy comme je l'aime. :D