Yuna a écrit : sam. 15 nov. 2025 12:26
à première vue le côté raciste me parait quand même flagrant. Je prendrais un seul exemple qui me semble le plus évident à priori : les Orcs. Ils sont décrits comme avec une peau sombre (problème assez classique de le vilain est forcément obscur et noir ce qui perpétue un biais diabolisant qui associé au racisme du monde réel comme c'est répété un peu partout fini par créer un à priori négatif raciste envers les gens à la peau sombre), un nez épaté, de grandes bouches, de petits yeux et un prétendu "type mongol" (je ne vois pas comment ce point précis peut être pris autrement que du racisme).
Le point essentiel est qu'il y a ce que Tolkien a vraiment écrit, et ce que les illustrateurs (peintres et réalisateurs) ont montré.
Il y a quantité de choses que Tolkien, expert en détails, n'a pas écrit, qui pourtant paraissent couler de source ; la couleur de cheveux de Legolas et Gimli ? Jamais indiqué.
La couleur de peau des orques ? Un exemple d'un traqueur à la peau noire en Mordor, avec des indications qu'il y avait de nombreuses tribus et autant de différences d'apparence.
La lettre 210, qui commente un script et donne l'occasion à Tolkien de préciser plein de choses, notamment que les orcs n'ont pas le bec d'un rapace car ils sont "trapu, large, nez plat, *sallow-skinned*, avec de larges bouches et des yeux inclinés : en fait des versions dégradées et répulsives des types mongols (pour les Européens) " (je traduis sommairement, je n'ai pas la VF sous la main).
et donc, c'est le mot "sallow" qui nous renseigne : peau blême, cireuse, pâle, jaunâtre, terreux, terne.
Et comme tu as cité cette description mais que tu as écrit "peau sombre" (ce qui n'est pas incompatible, brillant et sombre ne sont pas des couleurs), il paraît juste d'évoquer la lettre 290 dans laquelle il est expressément indiqué que les orcs ne sont pas irrémédiablement mauvais (ainsi que d'autres lettres où il passe beaucoup, beaucoup de temps à réfléchir à ce qu'est un orc, s'il a une âme, que se passe-t'il quand il meurt, et j'en passe, pour quelqu'un qui n'aurait que survolé cette culture sans la fouiller autant voire plus que les autres.
Et j'en termine pour ce soir sur l'aspect des orcs de type "horde mongole, les Huns d'Attila" : c'est une manière très 2025 de considérer que décrire l'assaillant qui meugle des insanités en coupant des têtes avec les mots qui permettent de le représenter serait du racisme.
Il est différent, et ça se voit. Il y a un légionnaire romain aux Champs Catalauniques, on peut le décrire ; face à lui, un Hun, on peut le décrire aussi. Chacun, s'il survit, racontera comment l'autre avait une sale tête d'étranger.
Comme l'a dit un grand philosophe "l'ennemi est stupide, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui."
Et comme le point de vue d'une histoire est toujours orienté (à un moment ou à un autre), comme Tolkien n'a pas montré le point de vue des orcs menant préparatifs et vie sociale avant de partir en croisade libératrice (puisque le but de Sauron, faut-il le rappeler, c'est la paix universelle en supprimant la guerre), nous ne savons des orcs que les bribes que Sam a entendu (livre 5, ch.9) et les orcs ont des propos peu amènes envers les peuples de l'Ouest. Comme s'ils les détestaient sans les connaître vraiment, mais ils ont plein de préjugés.
Ensuite, je ne dis pas, entre illustrateurs, cinéma, jeux, nombreux sont ceux qui ont fait des catégories avec des personnages de fiction, au point qu'on en oublierait que chez Tolkien, le Bien et le Mal ne sont pas lié à un peuple en général (même les elfes et les hobbits peuvent être corrompus...les maiar aussi, et les ents).
édit après avoir retrouvé l'extrait que je cherchais, pour ceux qui ont le Reader's guide (Hammond-Scull)
"Tolkien commented that 'to us evil and ugliness seem indissolubly allied. We find it difficult to conceive of evil and beauty together' (*Tree and Leaf, p. 59). He therefore gave the Orcs a (to him) unlovely appearance, but implicitly allowed that this was not an absolute standard of beauty, and others might judge differently. If he were writing today, at a time of greater appreciation (or at least discussion) of diversity and racial sensitivity, he might well have chosen a more fantastic description which could not be related to any actual people. One might ask why Tolkien even included such a race of beings in his mythology; to which T.A. Shippey has replied: 'there can be little doubt that the orcs entered Middle-earth originally just because the story needed a continual supply of enemies over whom one need feel no compunction (The Road to Middle-earth (2nd edn. 1992), p. 207)."